Amortissement LMNP plafonné en 2027 ?

Amortissement LMNP : ce que le budget 2027 pourrait changer Exemple : studio avec 170 000 € de bâti à amortir, par an 6 800 € 4 250 € Aujourd'hui (4 %) Texte proposé (2,5 %) KS Conseil & Expertise Comptable Projet de loi de finances 2027, mesure non votée
Investissement locatif meublé
Vous louez un bien meublé et vous déclarez vos revenus au régime réel ? Le projet de budget pour 2027 s'attaque à ce qui fait tout l'intérêt de ce régime : l'amortissement, cette charge qui permet souvent de payer très peu d'impôt, voire pas du tout, sur ses loyers. Voici ce qui est proposé, ce qui a déjà bougé cette semaine, ce que ça changerait pour un propriétaire comme vous, chiffres à l'appui, et les options à étudier sans paniquer.
Par KS Conseil & Expertise Comptable  ·  Octobre 2026  ·  Lecture 8 min

1 Où en est le texte, et ce qu'il faut retenir

Le gouvernement a présenté son projet de loi de finances pour 2027 le 1er octobre 2026. L'article 7 de ce projet prévoit de plafonner l'amortissement des loueurs en meublé non professionnels (les « LMNP ») qui sont au régime réel. Les députés commencent l'examen du texte en séance publique à partir du 13 octobre, et le Sénat prendra ensuite le relais. La loi définitive doit être publiée au plus tard le 31 décembre.

Rien n'est voté à ce jour. Tout ce qui suit décrit un projet, que les parlementaires peuvent modifier, durcir, assouplir ou supprimer. Ne prenez aucune décision irréversible (vente, changement de régime) sur la seule base de cet article. Les règles actuelles s'appliquent tant que la loi n'est pas publiée au Journal officiel.

2 L'amortissement, c'est quoi exactement ?

Un bien immobilier s'use avec le temps, comme une voiture perd de la valeur chaque année. En comptabilité, on constate cette usure en retirant chaque année une petite part de la valeur du bien (hors terrain, qui ne s'use pas) de vos bénéfices. C'est ce qu'on appelle l'amortissement. Il ne vous coûte aucun euro sur le moment : c'est une charge purement comptable, qui vient réduire votre résultat imposable.

Pour un LMNP au régime réel, c'est le grand avantage du meublé. Un propriétaire qui loue vide (la location « nue ») ne peut pas déduire cette usure. Le loueur en meublé, si. Aujourd'hui, un studio peut ainsi être amorti à un rythme de l'ordre de 4 % de sa valeur par an, sans plafond. Un rythme de 4 % correspond à une durée d'amortissement de 25 ans, hypothèse que nous utilisons dans les exemples plus bas.

Règle à connaître : l'amortissement ne peut pas créer de déficit en LMNP. Il s'arrête quand le résultat atteint zéro, et la part non utilisée peut aujourd'hui être reportée sur les années suivantes. C'est ce report que le projet de loi veut supprimer.

3 Les nouvelles limites proposées

Le texte initial du gouvernement distingue deux situations, avec une limite en pourcentage de la valeur amortissable et un plafond en euros par foyer fiscal. C'est la plus basse des deux limites qui s'applique.

Type de location meubléeAmortissement maximum par anPlafond par foyer fiscal
Location meublée classique (logement d'habitation)2,5 %7 000 €
Meublé de tourisme (gîte, location de vacances)1,5 %5 000 €

Autre changement, aussi important que le plafond : à partir des exercices clos en 2027, l'amortissement que vous n'auriez pas pu déduire à cause de ces limites serait définitivement perdu, et non plus reporté. Quant au stock d'amortissements que vous avez déjà accumulé avant 2027, il resterait utilisable jusqu'en 2036, mais seulement à hauteur de la moitié du bénéfice restant chaque année.

Ne seraient pas concernés, selon les analyses publiées du texte initial : le micro-BIC (qui n'amortit rien, il applique un abattement forfaitaire), les loueurs en meublé professionnels (LMP), et certaines résidences spécialisées comme les résidences étudiantes ou seniors et les EHPAD.

Un détail qui compte : le texte parle d'amortissement « des locaux ». Les sources que nous avons consultées ne précisent pas clairement ce qu'il adviendrait de l'amortissement du mobilier et des travaux. C'est l'un des points à surveiller dans la version finale.

4 Exemple : Inès, un studio loué à l'année

Pour voir l'effet concret, prenons Inès, qui loue à l'année un studio meublé à Thionville. Elle est au régime réel, dans la tranche d'imposition à 30 %, et supporte 18,6 % de prélèvements sociaux sur ses loyers (c'est le taux général depuis 2026).

Le studio d'Inès
170 000 €Valeur du bâti (hors terrain)
14 400 €Loyers annuels
7 000 €Charges et intérêts d'emprunt

Première étape : avant amortissement, le studio dégage 14 400 € de loyers moins 7 000 € de charges, soit 7 400 € de résultat. Seconde étape : on retire l'amortissement. Pour garder le calcul lisible, on ne compte ici que le bâti.

Aujourd'hui
Résultat avant amortissement7 400 €
Amortissement (4 % de 170 000 €)− 6 800 €
Résultat imposable600 €
Impôt + prélèvements sociaux (48,6 %)≈ 292 €
Avec le texte initial
Résultat avant amortissement7 400 €
Amortissement (2,5 % de 170 000 €)− 4 250 €
Résultat imposable3 150 €
Impôt + prélèvements sociaux (48,6 %)≈ 1 531 €
+ 1 240 €
de prélèvements en plus par an pour Inès : 2 550 € de résultat imposable en plus (3 150 € moins 600 €), multipliés par 48,6 %. Le plafond de 7 000 € n'y est pour rien : c'est le taux de 2,5 % qui limite l'amortissement. Ce plafond ne se déclencherait qu'au delà de 280 000 € de valeur amortissable.

Retenez que l'impact dépend de votre résultat avant amortissement. Plus vos loyers couvrent largement vos charges, plus la limitation de l'amortissement se traduit par de l'impôt. Un bien très endetté, dont les intérêts absorbent presque tous les loyers, ressent moins la mesure.

5 Exemple : Paul, un gîte loué à la semaine

Le logement d'habitation loué à l'année et le meublé de tourisme ne sont pas traités de la même façon, y compris aujourd'hui au micro-BIC (l'abattement forfaitaire est de 50 % pour un logement loué comme résidence ou un meublé de tourisme classé, mais de 30 % seulement pour un meublé de tourisme non classé). Le projet de budget garde cette logique de différence, et la rend plus sévère pour le tourisme.

Paul possède un gîte près de Metz, avec la même valeur de bâti que le studio d'Inès, soit 170 000 €. Son résultat avant amortissement est de 8 000 €, et il est lui aussi à 48,6 % de prélèvements marginaux.

Étape du calculAujourd'huiAvec le texte initial
Résultat avant amortissement8 000 €8 000 €
Amortissement du bâti4 % = 6 800 €1,5 % = 2 550 €
Résultat imposable1 200 €5 450 €
Prélèvements (48,6 %)≈ 583 €≈ 2 649 €

L'écart pour Paul est d'environ 2 070 € par an, soit près du double de celui d'Inès pour un bien de même valeur. Voilà pourquoi les propriétaires de meublés de tourisme sont les plus exposés.

Ce qui a déjà bougé cette semaine : selon les informations publiées après le passage du texte en commission des finances de l'Assemblée, le 8 octobre, trois amendements ont été adoptés. La location meublée de longue durée (bail de résidence principale, bail mobilité) serait exclue du plafond et de la fin du report, ce qui sortirait Inès du dispositif. Les meublés de tourisme achetés à partir du 1er janvier 2027 ne pourraient plus du tout être amortis en LMNP, tandis que ceux qui existent déjà continueraient de l'être. Enfin, les chambres d'hôtes retrouveraient un abattement de 71 % au micro-BIC. Ces amendements doivent encore être confirmés en séance publique, puis par le Sénat.

6 Vos options, de la plus simple à la plus poussée

Il n'existe pas une réponse unique, tout dépend de votre bien et de votre situation. Voici les pistes à comparer, en commençant par la plus simple.

Ne rien changer, et attendre le vote

C'est souvent la meilleure réaction aujourd'hui. Le texte peut encore beaucoup évoluer, et si la location de longue durée est finalement exclue comme le prévoit l'amendement de commission, un studio loué à l'année ne serait pas touché. Un simple chiffrage de votre situation suffit pour savoir à quoi vous attendre dans les deux cas.

Passer au micro-BIC si vos charges sont faibles

Le micro-BIC n'est pas concerné par le plafond. Mais il applique un abattement forfaitaire qui remplace toutes vos charges : 50 % pour un logement d'habitation, 30 % ou 50 % pour un meublé de tourisme selon qu'il est classé ou non. Il ne devient intéressant que si vos charges réelles (intérêts, taxe foncière, travaux) sont modestes. Pour Inès, l'abattement de 50 % donnerait 7 200 € de résultat imposable, à comparer aux 3 150 € du régime réel plafonné : le régime réel reste donc ici plus avantageux.

Viser le statut de loueur professionnel (LMP)

Les analyses du texte initial indiquent que les LMP ne seraient pas concernés. Mais le statut exige plus de 23 000 € de recettes locatives par an ET des recettes supérieures à vos autres revenus d'activité, et il change tout côté cotisations sociales. Une option réservée à ceux qui ont déjà un patrimoine locatif important, et à étudier avec un conseil avant d'y songer. Notre article sur le seuil entre LMNP et LMP détaille ce que cela implique.

Loger le bien dans une société soumise à l'IS

Une société civile immobilière (SCI) qui a opté pour l'impôt sur les sociétés relève d'un autre régime que celui des particuliers visé par l'article 7. Mais cette solution a un coût réel : un bien déjà possédé et apporté à la société passe par un acte notarié et coûte environ 7 à 8 % de sa valeur. Elle ne se justifie qu'après un calcul sérieux, et pas pour une seule raison fiscale du moment.

7 Revente et frontaliers : deux points à ne pas oublier

La revente. Depuis la loi de finances pour 2025, les amortissements déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value quand vous vendez un bien meublé (pour les cessions depuis le 15 février 2025). Si vous amortissez moins chaque année, il y aura mécaniquement moins à réintégrer au moment de la revente. Cela ne compense pas l'impôt payé en plus pendant la détention, mais cela adoucit un peu la facture finale.

Les frontaliers. Si vous travaillez au Luxembourg, vous êtes peut être affilié à la sécurité sociale luxembourgeoise. Dans ce cas, vos loyers LMNP ne supportent que 7,5 % de prélèvement de solidarité, au lieu de 18,6 %. L'hypothèse d'un impôt à 30 % plus 7,5 %, soit 37,5 %, ramènerait la hausse d'Inès à environ 956 € au lieu de 1 240 €. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article consacré à l'affiliation sociale des frontaliers propriétaires.

8 Que faire dès maintenant

1
Retrouver votre stock d'amortissements. Il figure dans votre liasse fiscale, au tableau des amortissements différés. C'est lui qui resterait utilisable jusqu'en 2036 dans la limite de la moitié du bénéfice.
2
Identifier votre catégorie de location : logement d'habitation loué à l'année, meublé de tourisme classé ou non. L'impact et les exceptions changent selon la case dans laquelle vous êtes.
3
Faire chiffrer deux scénarios pour 2027 : avec les règles actuelles, et avec le texte initial. L'écart vous dira si le sujet vous concerne vraiment.
4
Suivre le vote jusqu'à la publication de la loi, puis ajuster. Une décision prise après le vote final se fait sur du solide.
  • Vous connaissez votre résultat annuel avant amortissement
  • Vous savez si votre bien est classé en logement d'habitation ou en meublé de tourisme
  • Vous ne vendez pas et ne changez pas de régime avant d'avoir comparé les chiffres
En résumé Le budget 2027 propose de limiter l'amortissement du LMNP au régime réel, et d'en finir avec son report. Les propriétaires de meublés de tourisme sont les plus exposés, et les locations de longue durée pourraient finalement être épargnées. Le texte n'est pas voté : le bon réflexe est de chiffrer votre cas dès maintenant, de comparer vos options, puis de décider une fois la loi publiée.
FAQ : amortissement LMNP et budget 2027
Qu'est ce que le plafonnement de l'amortissement LMNP prévu dans le budget 2027 ?
C'est une mesure proposée à l'article 7 du projet de loi de finances pour 2027. Pour les loueurs en meublé non professionnels au régime réel, l'amortissement déductible serait limité à 2,5 % par an, dans la limite de 7 000 euros par foyer fiscal. Pour les meublés de tourisme, la limite serait de 1,5 % et de 5 000 euros. Cette mesure n'est pas votée à ce jour et peut encore changer pendant les débats.
Cette mesure est elle déjà en vigueur ?
Non. Le projet de loi de finances a été déposé le 1er octobre 2026 et son examen en séance publique à l'Assemblée nationale est prévu à partir du 13 octobre. Il doit ensuite passer par le Sénat, puis être promulgué au plus tard fin décembre. Tant que la loi n'est pas publiée au Journal officiel, les règles actuelles continuent de s'appliquer.
Un loueur en meublé professionnel (LMP) serait il concerné ?
D'après les analyses publiées du texte initial, non : la mesure vise les loueurs non professionnels, et les LMP ne seraient pas concernés. Le LMP suppose de dépasser 23 000 euros de recettes locatives et de percevoir plus de recettes locatives que d'autres revenus d'activité dans le foyer.
Que deviennent les amortissements déjà accumulés avant 2027 ?
Le stock d'amortissements non utilisés à fin 2026 resterait déductible de 2027 à 2036, mais dans la limite de la moitié du bénéfice restant après l'amortissement de l'exercice. La part non utilisée à l'issue de cette période serait perdue.
Les locations meublées de longue durée seraient elles touchées ?
Dans le texte initial, oui. Mais la commission des finances de l'Assemblée a adopté le 8 octobre 2026 un amendement qui exclurait la location meublée de longue durée (bail de résidence principale, bail mobilité) du plafond et de la fin du report. Cet amendement doit encore être confirmé en séance publique, puis par le Sénat.
Faut il changer de régime ou vendre son bien avant 2027 ?
Pas dans la précipitation. Le texte peut encore évoluer et chaque situation est différente. Le plus utile est de chiffrer l'impact sur votre cas précis, avec votre stock d'amortissements et votre résultat annuel, puis de comparer les options avec votre expert-comptable avant de décider.
Et pour votre bien, que changerait la réforme ?

Nos expertes chiffrent pour vous l'impact du projet de budget 2027 sur vos loyers meublés, avec vos propres chiffres, et comparent les options qui s'offrent à vous.

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