Médecin : BNC ou société ?

Médecin en consultation, choix du statut BNC ou SELARL

Photo libre de droits, Pexels

Fiscalité & Statut juridique
Entre le cabinet en nom propre où tout se joue sur votre déclaration 2035 et la société qui vous fait basculer à l'impôt sur les sociétés, beaucoup de médecins libéraux se posent un jour la question du bon statut. Le BNC reste la solution la plus simple pour démarrer, mais la SELARL devient souvent plus avantageuse une fois un certain niveau d'activité atteint. Et depuis 2025, une réforme sur la fiscalité des dividendes a changé la donne pour ceux qui exercent déjà en société. Voici comment fonctionnent ces statuts, ce qu'ils changent concrètement sur vos impôts et vos cotisations, et à partir de quel moment la question mérite d'être posée sérieusement.
Par KS Conseil & Expertise Comptable  ·  Septembre 2026  ·  Lecture 9 min

1 BNC, SELARL, SELAS : les trois visages de l'exercice médical

Le régime BNC (bénéfices non commerciaux) est la situation par défaut de tout médecin qui s'installe en libéral. Vous exercez en votre nom propre, vous déclarez vos recettes et vos charges chaque année sur une déclaration 2035, et le bénéfice dégagé est imposé à l'impôt sur le revenu. C'est simple à mettre en place et c'est le point de départ de la quasi-totalité des installations.

La SELARL (société d'exercice libéral à responsabilité limitée) et la SELAS (société d'exercice libéral par actions simplifiée) permettent d'exercer la médecine à travers une société, réservée aux professions réglementées et validée par l'Ordre des médecins. La société encaisse les honoraires, paie ses charges, et c'est elle qui est imposée sur son résultat, avant que le praticien ne se verse une rémunération et, s'il le souhaite, des dividendes.

Un exemple parlant : le Dr Camille, médecin généraliste installée dans le Loiret depuis six ans, facture environ 220 000 euros de recettes par an. En BNC, une fois ses charges professionnelles déduites (loyer du cabinet, secrétariat, assurance, cotisation ordinale), c'est la totalité de son bénéfice qui entre dans le calcul de son impôt sur le revenu et de ses cotisations sociales, chaque année, sans marge de manœuvre. En société, elle pourrait choisir de ne se verser qu'une partie de ce bénéfice en rémunération, et laisser le reste dans la SELARL pour l'imposer différemment.

2 Comment vos revenus sont imposés selon votre statut

C'est là que les deux logiques divergent vraiment. En BNC, tout est imposé au même niveau, à l'IR. En société, l'imposition se fait en deux temps distincts, ce qui ouvre des marges de manœuvre, mais ajoute aussi une couche de complexité.

En BNC : impôt sur le revenu et cotisations sur la totalité du bénéfice

Votre bénéfice professionnel est ajouté à vos autres revenus et imposé selon le barème progressif de l'impôt sur le revenu, avec des taux marginaux qui montent vite pour un praticien bien installé, souvent entre 30 % et 41 %, voire 45 % au-delà d'un certain niveau. À cela s'ajoutent les cotisations sociales, réparties entre l'assurance maladie, les allocations familiales, la CSG-CRDS fixée à 9,70 % de l'assiette sociale, et la retraite gérée par la CARMF. Pour un médecin conventionné en secteur 1, ces cotisations représentent en général entre 35 % et 45 % du revenu professionnel. Un médecin de secteur 2, qui pratique des dépassements d'honoraires, supporte en plus une cotisation maladie additionnelle de 3,25 %, ce qui alourdit encore la note.

En SELARL ou SELAS : la société paie l'IS, vous êtes imposé séparément

Le bénéfice de la société est d'abord soumis à l'impôt sur les sociétés : 15 % sur les premiers 42 500 euros de bénéfice, sous conditions (chiffre d'affaires inférieur à 10 millions d'euros, capital détenu à au moins 75 % par des personnes physiques), puis 25 % au-delà. Le praticien se verse ensuite une rémunération, imposée à l'IR après un abattement de 10 % pour frais professionnels, comme en BNC. Il peut aussi se distribuer des dividendes, dont la fiscalité dépend directement de la réforme de 2025 détaillée dans la section suivante.

Rester en BNC
  • Simplicité de gestion, une seule déclaration annuelle
  • Pas de frais de constitution ni de comptabilité de société
  • Tout le bénéfice est disponible immédiatement
  • Imposition intégrale au barème progressif de l'IR
  • Aucune marge de manœuvre pour lisser l'imposition d'une année à l'autre
Passer en SELARL ou SELAS
  • Taux d'IS avantageux sur les premiers 42 500 euros de bénéfice
  • Possibilité de moduler rémunération et dividendes
  • Capacité à conserver de la trésorerie dans la société pour investir
  • Frais de constitution et de comptabilité annuelle plus élevés
  • Gestion administrative et juridique plus lourde qu'en nom propre

3 La réforme 2025 sur les dividendes : ce qui a changé

Pendant longtemps, distribuer des dividendes plutôt que de la rémunération était présenté comme le grand avantage de la société d'exercice libéral, puisque les dividendes échappaient aux cotisations sociales et n'étaient taxés qu'au prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Une règle limite en réalité cet avantage depuis plusieurs années pour les gérants de SELARL, et elle a été étendue aux présidents de SELAS depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, à la suite d'un arrêt de la Cour de cassation confirmé par le Conseil constitutionnel.

Concrètement, la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, augmenté des primes d'émission et du solde moyen des comptes courants d'associés, n'est plus taxée comme un revenu de capital. Elle est requalifiée en revenu professionnel et soumise aux cotisations sociales du dirigeant, qui remplacent alors les prélèvements sociaux de 17,2 % habituellement appliqués aux dividendes.

Le piège du capital social trop faible : beaucoup de SELARL sont constituées avec un capital social minimal, souvent entre 1 000 et 10 000 euros. Avec un capital de 10 000 euros et sans compte courant d'associé, le seuil des 10 % ne représente que 1 000 euros de dividendes. Au-delà, toute distribution bascule dans la fraction taxée aux cotisations sociales. Pour qu'une stratégie de dividendes garde son intérêt, il faut donc souvent renforcer le capital social ou constituer des comptes courants d'associés, ce qui se prépare en amont avec votre expert-comptable.

4 La TVA, un point souvent mal connu des médecins

Bonne nouvelle sur ce point : les soins dispensés aux personnes par les médecins et les autres professions médicales et paramédicales réglementées sont exonérés de TVA, quel que soit le montant de vos recettes, en application de l'article 261-4-1° du Code général des impôts. Vous ne facturez donc pas de TVA à vos patients sur vos actes de soin, que vous exerciez en BNC ou en société.

Cette exonération a toutefois ses limites. Certains actes, parce qu'ils n'ont pas de finalité thérapeutique, restent soumis à la TVA : les actes à visée esthétique qui ne relèvent pas d'une reconstruction, les expertises médicales réalisées pour des compagnies d'assurance ou dans un cadre judiciaire, les certificats sans lien avec un soin, ou encore les activités de formation. Un médecin qui pratique, par exemple, à la fois des actes remboursés par l'Assurance maladie et des injections esthétiques non reconstructives doit ainsi distinguer les deux activités sur le plan de la TVA, ce qui peut nécessiter une comptabilité séparée pour chaque type de recettes.

5 À partir de quel revenu la société devient intéressante

Il n'existe pas de seuil légal, mais l'intérêt financier de la société suit une logique assez claire : plus votre bénéfice est élevé, plus l'écart entre le taux d'IS et votre tranche marginale d'imposition à l'IR joue en votre faveur.

Reprenons l'exemple du Dr Camille
220 000 €Recettes annuelles
154 000 €Bénéfice après charges
41 %Tranche marginale IR

En BNC, chaque euro de bénéfice imposé dans sa tranche marginale lui coûte 41 centimes d'impôt sur le revenu, avant même les cotisations sociales. En SELARL, les premiers 42 500 euros de bénéfice de la société ne supportent que 15 % d'IS, soit 6 375 euros d'impôt, contre plus de 17 000 euros si cette même somme était imposée au taux marginal de 41 % en BNC. L'écart se resserre sur la partie du bénéfice qui dépasse ce seuil, taxée à 25 % à l'IS, mais reste favorable à la société tant que le praticien n'a pas besoin de sortir immédiatement la totalité de son bénéfice sous forme de rémunération.

42 500 € de bénéfice, en BNC
Taux marginal d'imposition41 %
Impôt sur cette tranche≈ 17 425 €
42 500 € de bénéfice, en SELARL
Taux réduit d'IS15 %
Impôt sur cette tranche≈ 6 375 €
≈ 15 000 à 25 000 €
de gain annuel estimé, selon plusieurs simulations publiées par des cabinets spécialisés, pour un médecin dont le bénéfice dépasse 120 000 à 150 000 euros par an et qui structure correctement sa rémunération et ses dividendes en société. Ce chiffre reste indicatif : il dépend de votre situation familiale, de votre tranche d'imposition et de vos projets de trésorerie, et mérite une simulation personnalisée.

Au-delà du seul calcul fiscal, certains signaux montrent qu'il est temps d'étudier sérieusement la question :

  • Votre bénéfice professionnel dépasse durablement 100 000 à 120 000 euros par an
  • Vous n'avez pas besoin de sortir la totalité de votre bénéfice chaque année pour vivre
  • Vous envisagez d'investir, dans du matériel, des murs professionnels ou une association avec un confrère
  • Votre foyer fiscal est déjà dans une tranche marginale élevée, avec ou sans autres revenus
  • Vous préparez une association ou une cession de patientèle et voulez structurer l'opération
À nuancer : en dessous de 90 000 euros de bénéfice environ, les frais de constitution (comptez 1 500 à 3 000 euros) et le surcoût de comptabilité annuelle d'une société réduisent fortement l'intérêt de la SELARL. Le calcul devient rentable dès la première année au-delà de ce seuil, mais peut prendre deux à quatre ans en dessous.

6 Comment se déroule un accompagnement avec notre cabinet

1
Diagnostic de votre situation actuelle : bénéfice, charges, situation familiale, projets d'investissement et d'association à venir.
2
Simulation chiffrée BNC contre société, sur plusieurs années, en tenant compte de votre tranche marginale d'imposition réelle et de la réforme 2025 sur les dividendes.
3
Choix de la structure, SELARL ou SELAS, et dimensionnement du capital social pour que la stratégie de dividendes garde tout son sens.
4
Formalités de création, rédaction des statuts, accompagnement auprès de l'Ordre des médecins et des organismes sociaux.
5
Suivi annuel du dosage rémunération et dividendes, en fonction de l'évolution de votre activité et de vos projets personnels.
En résumé Le BNC reste le point de départ naturel de toute installation en libéral, simple et sans frais de structure. La SELARL ou la SELAS deviennent pertinentes une fois un certain niveau de bénéfice atteint, mais la réforme 2025 sur les dividendes rappelle qu'une société mal dimensionnée, avec un capital social trop faible, peut perdre une bonne partie de son intérêt fiscal. Le bon dosage dépend de votre revenu, de votre situation familiale et de vos projets, ce qui se détermine en général en une simulation avec un cabinet qui connaît déjà vos chiffres.
FAQ – BNC et SELARL pour les médecins
Quelle est la différence entre BNC et SELARL pour un médecin ?
En BNC, le médecin exerce en nom propre et la totalité de son bénéfice est imposée à l'impôt sur le revenu selon le barème progressif, en plus des cotisations sociales. En SELARL, le médecin exerce à travers une société soumise à l'impôt sur les sociétés : la société paie l'IS sur son résultat, puis le praticien est imposé sur la rémunération qu'il se verse et, séparément, sur les dividendes qu'il choisit de se distribuer.
Les dividendes de SELARL sont-ils toujours avantageux depuis la réforme de 2025 ?
Non, plus systématiquement. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des comptes courants d'associés est soumise aux cotisations sociales du gérant, au lieu des seuls prélèvements sociaux à 17,2 % applicables en dessous de ce seuil. Cette règle a été étendue aux SELAS. Avec un capital social faible, une grande partie des dividendes distribués peut désormais basculer dans cette fraction taxée plus lourdement.
À partir de quel revenu la SELARL devient-elle intéressante pour un médecin ?
Il n'y a pas de seuil unique, mais dans la pratique, la question mérite d'être étudiée sérieusement à partir d'environ 90 000 à 120 000 euros de bénéfice annuel, et devient généralement favorable au-delà. En dessous, les frais de structure réduisent l'intérêt de la société. Le calcul dépend aussi de la tranche marginale d'imposition du foyer et des projets de capitalisation du praticien.
Un médecin facture-t-il de la TVA à ses patients ?
Non, les soins dispensés aux personnes par les médecins et les professions médicales et paramédicales réglementées sont exonérés de TVA, en application de l'article 261-4-1° du Code général des impôts. En revanche, certains actes sans finalité thérapeutique restent soumis à la TVA, comme les actes à visée esthétique non reconstructifs, les expertises médicales ou les certificats sans lien avec un soin.
SELARL ou SELAS, laquelle choisir pour exercer la médecine ?
En SELARL, le gérant majoritaire relève du régime social des travailleurs non salariés, comme en BNC, et continue de cotiser à la CARMF pour sa retraite, avec des cotisations globalement plus légères. En SELAS, le président a le statut d'assimilé salarié, ce qui offre une meilleure protection sociale mais avec des cotisations nettement plus élevées sur sa rémunération. Le choix dépend surtout du niveau de protection sociale recherché et de la structure de rémunération envisagée.
Peut-on changer de statut en cours de carrière ?
Oui, il est tout à fait courant de démarrer son activité en BNC puis de basculer en SELARL une fois un certain niveau d'activité atteint. La transformation nécessite l'accord de l'Ordre des médecins, la rédaction de statuts et quelques formalités, mais elle est loin d'être exceptionnelle : beaucoup de praticiens franchissent le pas entre cinq et dix ans après leur installation.
Vous vous demandez si le moment est venu de passer en société ?

Nos expertes réalisent une simulation chiffrée de votre situation, BNC contre SELARL ou SELAS, en tenant compte de votre réalité et de la réforme 2025 sur les dividendes.

Demander une simulation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *